Ven, Sep 22, 2017
nuovo-centro-small

Un paysan

 

Nous sommes en 1990, fin octobre ; nous arrivons dans le village de Salau par une belle matinée d’automne et Roger Rieu est là, près du ruisseau, devant sa maison, à nous attendre… avec son bon sourire et son allure de grand et beau paysan bien planté sur ses pieds, sur l’arrière de ses pieds, droit comme un i malgré ses 70 ans, affable et accueillant comme un bon grand père, prêt à donner tout ce qu’il pourra à cette drôle de parisienne qui, mariée à un analphabète portugais, s’est donné tant de mal pour apprendre à porter sur la tête pour mieux comprendre pourquoi tous ceux qui ont ainsi porté sont si beaux à voir, si droits, tellement élégants, malgré des vêtements de travail élimés et parfois salis. Des beautés d’hommes et de femmes qui n’ont rien appris de l’élégance apprêtée des villes et sont beaux et élégants par eux-même, par leur port-même, par leur prestance. Annie, mon amie, nous avait annoncés au téléphone, et il était là, prêt à tout et ne s’étonnant de rien

un-paysan-1un-paysan-2

Nous commençons par parler du transport des charges sur la tête et je m’aperçois que, pour Roger Rieu comme pour Miguel, porter directement sur la tête, dans l’axe vertical, ou porter grâce à la tête, avec une sangle, cela revient au même. Il est vrai que c’est le même travail d’étirement vers le haut de toute la musculature du dos et de la ceinture abdominale - ce sont des gens auxquels on n’a jamais fait faire "des abdominaux" en raccourcissant le ventre, en faisant faire la trop fameuse bascule du bassin en rétroversion et donc, en plaquant les ‘reins’ au sol et en abaissant la cage thoracique vers le pubis. Eux ont une sangle abdominale longue et très ferme.

Le travail étant le même, pour eux, Roger va commencer par me parler du transport des charges à l’aide d’une sangle passée sur la tête - et non pas sur le front comme le disent souvent les ethnologues en parlant de ‘bandeau frontal’, pace qu’ils n’ont pas eu l’occasion de porter une charge avec un bandeau, une corde ou une lanière. Le bandeau est toujours sur les cheveux, partout dans le monde, pour tous ceux qui portent de cette manière.

Et Roger commence : "Sur la tête, j’ai porté beaucoup de choses : avec la sangle, on transportait soit le fumier, soit les pommes de terre… tout un tas de choses qui pouvaient aller dans la hotte".Et je m’aperçois alors qu’il y a des hottes qu’on ne porte pas avec deux bretelles, mais avec un bandeau de tête et cela, non pas au bout du monde, mais chez nous, dans les Pyrénées ! 3 Serres Michel, 1999 Variation sur le corps Paris, Fayard