Mer, Jul 26, 2017
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Yoga

Noëlle, comme on le disait alors, « cherchait Dieu », et, malgré des études approfondies dans sa religion, tout ce qu’elle y trouvait ne lui suffisait pas. Elle mit alors le nez dans d’autres mystiques. C’est ainsi qu’après avoir plongé dans les églises d’Orient rattachées à Rome et dans l’Orthodoxie, elle étudia les différents protestantismes… et aboutit au bouddhisme… et puis au yoga. Mais, dans les rares écoles de yoga qui existaient en Europe avant 1959, elle n’avait rencontré que ce qu’on pourrait appeler :la gymnastique du yoga ou encore un certain ésotérisme sans racine profonde dans la réalité

Noëlle est une mystique, mais elle a besoin d’une mystique incarnée dans la réalité quotidienne. Elle avait besoin d’un yoga, une discipline unitive, selon la traduction de la grande sanskritiste Anne-Marie Esnoul, qui puisse être travaillée partout et à tous les instants.

B.K.S. Iyengar lui avait permis d’ouvrir sa propre école dès son retour de Pune en 1959 ; on l’appela Institut de Yoga Noëlle Perez-Christiaens. À sa demande, Iyengar avait fait dessiner un label très parlant : une lampe à huile d’où jaillissait une très jolie flamme. Sur le bord supérieur de la lampe était inscrit, le nom du maître ; sur le ‘ventre’, en sanskrit, était écrit celui de Noëlle et, suivant la courbe du fond, en sanskrit aussi, “Vénérable école de yoga. C’était tout un programme



Dès son premier séminaire à Paris dans l’école de Noëlle, B.K.S. Iyengar avait apprécié la rigueur et la profondeur de ce qui était donné aux élèves en suivant le plus fidèlement possible ce que le maître dévoilait peu à peu ou du moins ce qu’on en comprenait ! ainsi que de la culture générale : l’Inde, ses religions, d’autres cultures et d’autres religions… et il donna son nom à l’école de Noëlle qui devint ainsi : Yoga, Institut B.K.S Iyengar de Paris.

Puis vinrent deux années qui modifièrent complètement l’approche du yoga-discipline unitive : nous avons eu la chance que le maître soit venu deux années de suite, 1971-1972, donner un séminaire à Paris et qu’il ait demandé, en tout premier lieu, sarvāṅgāsana (la chandelle de la gymnastique).

En 1971, les élèves avaient la tête, la nuque et les épaules, comme il est de tradition, sur une épaisseur de couverture. La posture était droite, maintenue verticalement avec beaucoup d’efforts, par les mains qui poussaient le dos du thorax. Iyengar a tâté un cou : dur !…et ainsi sur trois ou quatre élèves. “Faites-les descendre, dit-il à Noëlle, tous les cous sont durs, vous aurez des problèmes de thyroïde.


Toute l’année scolaire suivante, la recherche a consisté - toujours sur une épaisseur égale de couverture - à ce que les cous restent relaxés. Et c’est ainsi qu’on aboutit à une posture courbe, en arc de cercle, due à des raideurs dans les vertèbres cervicales des Occidentaux.

En 1972, quand il revint, Iyengar voulu voir les progrès accomplis et demanda la même position. Et là, horreur, toutes les postures étaient en arc ce qu’il n’apprécia pas du tout : « Ils ne sont pas sur l’axe » s’exclama-t-il. - « Tous les cous sont relaxés », répondit Noëlle. - « Je ne vous parle pas des cous… ils ne sont pas sur l’axe,  c’est visible ! ». Alors nous avons compris qu’il fallait arriver à une posture verticale avec le cou relaxé. C’est à ce moment-là que nous avons pensé à utiliser l’aide des supports, comme Iyengar l’avait fait expérimenter à Noëlle à Genève, chez sa mère, en 1965, pour les extensions avant.

Cette année-là, dans une leçon particulière mémorable, voyant que Noëlle, malgré tous ses efforts et un travail assidu n’arrivait pas à ce qu’il voulait du fait de la raideur de ses articulations, il l’avait fait asseoir sur une pile de coussins durs, ce qui avait permis au bassin de tomber entre les cuisses ; il lui avait rallongé les bras avec des serviettes de toilettes trouvées dans la salle de bain et pliées en deux dans le sens de la longueur de manière à passée la boucle autour des pieds.

Alors Paśchimottānāsana avait commencé à prendre du sens… Enfin Noëlle sentait dans quelle direction le maître l’entraînait et ce qu’il cherchait à lui faire comprendre. Dès la rentrée, nous avons cherché dans ce sens avec les élèves… et avec d’autres supports. Iyengar n’avait-il pas donné certaines indications comme : « Adapter le yoga aux conditions et à l’environnement ». [1]


           

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Geneviève enceinte,                     Alice (80 ans),                     Ginette...



a4n ... et Georgia.

[1] Etincelles de divinité, X 35