Mer, Jul 26, 2017
nuovo-centro-small

Yoga

Le troisième pas et non l’un des moindres eut lieu en 1976 avec trois faits d’une importance capitale pour nous :
B.K.S. Iyengar revint à Paris donner des cours à l’Institut après avoir passé, dans le même but, quelques jours en Hollande. Un paysan, qui n’avait jamais fait de yoga de sa vie, l’avait amené en voiture. Lors du premier de ses cours, il prit trois hommes, dont deux de ses élèves, (deux hommes qui avaient eux-mêmes déjà des élèves) et les a placés devant nous. - L’un était tout voûté, tout fermé dans les deux sens Iyengar l’a surnommé ‘virgule’, explique Noëlle.

Elle continue : « En ce temps-là, je n’avais pas encore compris que lorsqu’Iyengar disait chest up, c’était tout le tronc qu’il fallait allonger. Je redressais la cage thoracique en avant en durcissant et en raccourcissant les extenseurs du dos. Le second élève, lui non plus n’avait rien compris à ce que demandait le ‘patron’ et il était complètement redressé, le bas du devant du thorax monté très haut et le dos très court, dur et tassé.  Iyengar l’a nommé ‘point d’interrogation’! »

« Le troisième était le bon paysan qui ne comprenait pas ce qu’il était venu faire en face de nous, mais suivait tranquillement. Il était tout droit, planté sans effort, relaxé. Iyengar l’appela ‘point d’exclamation’. »

« Et pendant tout le cours je n’ai rien compris : le ‘patron’ avait l’air d’apprécier sa posture et de dénigrer les deux autres qui avaient travaillé déjà longtemps avec lui… Je faisais la traduction en me promettant, dès que j’aurais un moment libre, de réécouter le magnétophone pour tenter de comprendre… Il a fallu attendre les années 80 et la rencontre avec Miguel et tout son petit monde pour comprendre qu’Iyengar n’avait pas pris comme exemple un homme quelconque, mais un paysan qui n’avait pas perdu l’aplomb… cet aplomb qu’il cherchait à nous faire retrouver. En donnant ce cours, il essayait de nous rééduquer les yeux ! C’est un cours d’ethnographie qu’il nous a donné là ! Et une fois de plus avec un paysan !… »

C’est cette même année qu’a eu lieu, au Musée de l’homme l'exposition organisée par le profeseur Yves Coppens alors Directeur au Musée de l’Homme sur ‘Les Origines de l'Homme’. « Je suis restée, écrit Noëlle, en arrêt devant le fameux tableau comparatif entre les simiens actuels et les hommes actuels et la phrase qui, tout en bas du tableau, allait m'ouvrir de tels horizons : "du fait de la marche bipède la spécialisation du pied des hominidés s’écarte de celle de la main : brièveté de l’astragale et du calcanéum, qui supporte désormais tout le poids du corps. »

« C’est ce qu’Iyengar avait tenté de me faire sentir, mais je n’avais rien compris. Immédiatement, je mis le poids aux talons en creusant mes aines et en reculant le bassin et je sentis toutes les tensions s'évanouir dans mon dos. En ce temps-là j’étais déjà relaxée… tandis que maintenant, quand on demande à quelqu’un de mettre le poids aux talons, il se recule tout entier comme une planche sans plus sentir l’articulation des hanches et crée ainsi des tensions (freins contre la chute en arrière) dans les trois articulations des jambes ».

 

a9c

Callout 10: Le bassin du simien est dans une position que ne peut jamais prendre un singe… L’humain n’est pas d’aplomb, son bassin est en rétroversion et ses genoux sont  en récurvatum… mais en ce temps-là, je n’ai rien vu de tout cela… je n’ai vu que ce qui avait trait au poids sur les talons… et un champ de travail immense s’ouvrait ! La phrase importante pour moi, celle qui m’ouvrait tout un pan de recherches, était là.