Sam, May 27, 2017
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Yoga

 

« Le Pr. Yves Coppens insistait également sur la cambrure comme élément essentiel dans l'acquisition de la bipédie confortable... et la bipédie, c’est ce qui caractérise l’humain. »

« Il m'avait conseillé, continue Noëlle, un article du docteur Michel Sakka, professeur d'Anatomie Comparée, qui poursuivait des recherches passionnantes au Muséum d'Histoire Naturelle et qui enseignait que le "rubicond" irréversible entre la quadrupédie et la bipédie, entre les ancêtres des simiens actuels et ceux des hominiens et des hommes actuels se trouvait dans la transformation du sacrum et des dernières lombaires de sorte qu'une cambrure s’était mise peu à peu en place. Iyengar ne m’avait jamais fait faire la bascule du bassin ; mais il a fallu la rencontre avec Miguel et sa civilisation pour comprendre que, même sans décambrer volontairement, nous avions perdu en partie la nôtre et n’étions plus assez cambrés par rapport à nos propres pièces osseuses. »

« Et enfin, cette même année, il y eut, au Grand Palais, une très belle exposition sur Ramsès. Étant donné qu’en 1959, le ‘patron’ avait sans cesse signalé à Noëlle les faits ethnographiquement intéressants et qu’il l’avait emmenée le plus souvent possible chez ses petits élèves et les artisans de Pune, nous avions décidé de lui faire visiter cette exposition en pensant qu’il n’aurait peut-être jamais l’occasion d’aller en Égypte ; et pour s’y préparer, Noëlle était retournée la visiter plusieurs fois, en suivant différentes conférencières. Celles-ci montraient les pieds à peine dégauchis des statues en expliquant que c’était le haut qui intéressait ces sculpteurs… et non le bas. »

« On arriva à l’exposition et le ‘patron’ s’étonna  : « C’est curieux on dirait qu’ils voudraient nous faire regarder les pieds… » - « Comment, Monsieur ? » - « Mais oui, dit-il avec un geste significatif de la main, vous voyez bien que tout descend ! »… Nous n’avons rien compris, et nous promettions de revenir plus tard pour bien ré-observer car il disait exactement l’inverse des conférencières ! »

« Et puis, toujours pour le faire profiter au maximum de Paris, nous l’avons emmené au Musée Guimet et l’avons fait entrer, au premier étage, par la grande porte qui ouvrait alors sur la salle indienne. Au fond, le grand Natarāja en grès rose se détachait sur le mur. « Tenez, dit Iyengar avec le geste inverse de la main, quand je vous dis que chez nous ‘ça’ monte ». À ce moment-là nous n’avons pas vu la différence et avons dû retourner plusieurs fois et à l’exposition sur Ramsès et au Musée Guimet pour que nos yeux perçoivent la différence d’aplomb qui, en effet, était très significative ! Était-ce de l’Histoire des Religions, de l’Histoire de l’Art ou de l’Ethnographie ? Śri Iyengar utilisait tout ce qui se présentait pour nous former. »

« Le quatrième pas eut lieu bien des années après en Śirşāsana. »

Depuis 1959, Iyengar avait donné à Noëlle les bases de la posture, en équilibre sur la tête, sans aucun poids sur les avant bras, et tout l’être étire « up ». Et, malgré tous ces détails, scrupuleusement exécutés, des douleurs sur la face et la nuque étaient apparues au cours des années dans lesquelles Iyengar avait demandé à Noëlle de travailler la posture ¾ d’heure, au moins, tous les matins. Rien n’y faisait et les douleurs empiraient.

C’est alors que Noëlle a pensé que si elle pouvait rencontrer une femme qui porte son propre poids sur la tête en restant immobile pendant longtemps, celle-ci pourrait peut-être lui indiquer l’erreur qu’elle faisait… car, pensait-elle : « Si je me fais mal, je risque aussi d’entraîner les élèves sur une fausse piste. » Iyengar n’avait-il pas indiqué : « Si les enfants font les postures debout avec précision, la posture sur la tête viendra automatiquement. » Il y avait donc bien une relation  entre la posture sur la tête et l’aplomb debout, que les enfants acquièrent instinctivement.
 

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 [2] Étincelles de divinité X 35