Sam, May 27, 2017
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Yoga

 

On était alors arrivé en 1981. Une double plongée dans la civilisation africaine fut donc organisée durant l’été et l’hiver suivants au Burkina-Faso qui était alors la Haute Volta. Là, Noëlle apprit qu’aucune personne, femme ou homme - sauf circonstance extrêmement particulière - ne porte jamais l’équivalent de son  propre poids sur la tête… et qu’une fois chargé, on ne reste jamais immobile.

C’est ainsi que nous avons pris conscience que l’ethnographie pouvait apporter une base profondément humaine et naturelle à notre recherche sur la ‘discipline unitive’.

Il y eu enfin un cinquième pas très important : en rentrant d’Afrique, nous avons continué à donner des séminaires d’aplomb comme base du yoga. L’un d’eux  rassemblait des kinésithérapeutes qui nous ont beaucoup félicité sur le sérieux, le ‘pointu’, la finesse de nos recherches mais ont terminé en disant que cela ne les intéressait pas du tout : « nous soignons des Blancs et vous nous présentez des Indiens et des Africains ; rien ne prouvent qu’ils sont bâtis de la même manière que nos patients. » Alors il a fallu trouver, en Europe, des gens qui étaient d’aplomb et portaient sur la tête. Dans les années 50, c’était facile, mais nous étions au début des années 80 et il n’y en avait presque plus qu’au Portugal, resté fermé  à toute évolution jusqu’à la révolution des œillets en avril 1974. Nous sommes donc allées travailler aux Açores, puis à Madère où les femmes portent sur la tête, mais les hommes sur l’épaule, enfin à Aveiro où hommes et femmes transportaient les canastras de sel sur la tête et pour finir à Setúbal où les descarregadores, transportaient sur la tête cestos (paniers) et caixas (caisses) à la criée au poisson. Là, nous avons trouvé un terrain exceptionnel où approfondir l’aplomb et le transport des charges sur la tête comme thérapie de la colonne vertébrale, grâce à Miguel, à sa famille et à ses camarades.

C’est à ce moment précis qu’est né l’Institut Supérieur d’Aplomb, comme ‘terreau’ non seulement du yoga, mais aussi de toutes les disciplines ou professions exercées par nos élèves. Là, enfin, les techniques du yoga pouvaient passer dans les positions de la vie courante à commencer par "être debout sur l’axe, Tadāsana" , "porter nos petits ou nos paquets d’aplomb", "être assis à notre bureau d’aplomb", "faire la cuisine en étant debout ou assis d’aplomb", "marcher sur l’axe", "être couché et dormir bien étendu, d’aplomb, Śavāsana", etc… l’axe, l’aplomb, deux mots qui ont, en partie, la même signification.

En partie seulement, parce que l’axe est statique, vertical, et que, dans l’aplomb, entre non seulement les courbes de la colonne vertébrale et le poids du sujet, mais aussi que dans l’action tout bouge et s’adapte sans cesse. Dans l’aplomb, il y a donc la recherche (et non la notion) du poids et du contre-poids dans la gravité.

Le plus beau est la découverte qu’en Inde, le fil à plomb est appelé "fil de Brahmā", le Créateur ! Chaque action, même la plus petite, faite dans l’aplomb, est donc une "puja"  (une offrande, une prière) au Créateur. Il y a là une mystique très profondément spirituelle et en même temps très incarnée dans les moindres détails de la vie de tous les jours.

Les postures de cette "discipline unitive", une fois décomposées, deviennent donc, dans cet axe, une recherche de perfection de tous les instants, une adhésion aux lois cosmiques, aux lois de la physique, de la physiologie, une recherche de la manière dont fonctionnent, dans la gravité, les articulations du mammifère humain. Vu sous cet angle, le yoga est une culture, une mystique très profonde de la santé, de la prévention, de l’union ‘incarnée’ avec la vie, la société, le cosmos. L’humain reprend alors sa place de petite étincelle cosmique, parcelle d‘Être issue de sa Source et y retournant après un chemin plus ou moins long, dicté par les radiations planétaires… Émanations de l’Être…Rien de plus, mais aussi rien de moins… Manifestation tangible de l’Être.

Sous le d de tadâsana, et sous le t de Natarâja,  il faut un point qui n’existe pas  dans mes simbolos